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PRIVATE EQUITY MAGAZINE: LE JOURNAL DES PROFESSIONNELS DU CAPITAL INVESTISSEMENT (03/03/17) 

Lancé par Jean Schmitt, un spécialiste opérationnel des nouvelles technologies, Jolt Capital investit dans les entreprises technologiques de croissance au chiffre d’affaires inférieur à 100 millions d’euro

Jolt, mot anglais, signifie secousse ou sursaut. Fondée en 2011 par l’ex-entrepreneur et VC Jean Schmitt, cette structure d’investissement atypique a bien l’intention de secouer les traditions du private equity. Ingénieur spécialisé en intelligence artificielle, Jean Schmitt a créé trois sociétés, dont SLP InfoWare (gestion prédictive de la relation client), qui a été cédée à Gemplus en 2000. En 2001, il est devenu VC chez Sofinnova, en charge des investissements dans le domaine des « WAD », Wireless Application Developpers et des entreprises de technologie dans les télécommunications. Ces expériences lui ont permis de se forger un avis plutôt tranché sur la façon dont fonctionne le financement des entreprises technologiques. « Je me suis rendu compte qu’il était peu rentable en tant qu’investisseur de participer aux premiers tours de table, cela implique des cycles trop longs, détaille-t-il. Il est bien plus intéressant de financer en late stage technologique, sinon on n’a pas la capacité de durer pour profiter du moment où la société explose, faute de temps et d’argent. » En outre, il estime que la réputation d’être « capital intensive » de ce type d’entreprise repousse de nombreux investisseurs, ce qui lui laisse de la place.

  • Hardware et brevets

Si le modèle existant ne convient pas, il ne reste qu’à en créer un nouveau. Jolt a ainsi été lancé pour se concentrer sur des cibles tech B2B qui atteignent entre 10 et 100 millions d’euros de chiffre d’affaires, et qui sont profitables. « Nous préférons les entreprises industrielles avec du hardware et où l’innovation se traduit par de nombreux brevets, poursuit le fondateur. Je voulais un business model différent et vertueux, qui puisse fonctionner avec les outils existants tels que les fees, le carried interest et la liquidité pour les LPs. Cela pris en compte, il n’était pas possible de tabler sur des cycles de quinze ans. » L’idée consiste donc à aller vite pour limiter la durée globale du fonds. Pour cela, la durée d’investissement moyenne est abaissée à trois ans, ce qui bouscule la forme de la traditionnelle courbe en J, d’autant plus que les proceeds sont réinvestis. Le nombre maximal de lignes (plutôt en minoritaire) est fixé à une dizaine, un
cheptel suffisant pour mitiger le risque et assez modeste pour faciliter l’accès au carried.

  • Période d’observation

Et pour se forger une certitude sur une entreprise avant de devenir actionnaire, Jolt a une astuce. « Les sociétés qui nous intéressent constituent un petit troupeau qui nécessite de l’élevage avant d’investir, explique Jean Schmitt. C’est pourquoi dans la moitié des cas, nous entrons au board de l’entreprise avant tout investissement. En effet, le track record d’anciens entrepreneurs des partners de Jolt Capital dans des domaines technologiques nous ouvre la porte des conseils d’administration. » Ainsi, il est assuré d’avoir affaire à des sociétés qui ont déjà développé des produits et où l’investissement ne serait pas consacré à la R&D mais à l’expansion internationale. C’est aussi l’occasion de vérifier leur potentiel de sortie dans les domaines des logiciels, de la mobilité, du cloud ou de l’internet des objets.

  • Des investisseurs impliqués

Le premier fonds a été lancé principalement avec les ressources de ses fondateurs. Mais rapidement, des LPs se sont montrés intéressés par le modèle original de Jolt, parmi lesquels des dirigeants d’entreprise technologiques (Flextronics, Oracle). « Nous travaillons avec le singapourien Temasek, ajoute Jean Schmitt. Il a monté un fonds dédié à la technologie qui maîtrise bien le marché américain, mais il souhaitait aussi identifier des cibles en Europe. Nous lui offrons cet angle, et il revient dans chaque fonds. Access Capital est aussi un de nos LPs, avec qui nous avons co-créé notre business model. » Access a ainsi récemment co-investi aux côtés de Jolt au capital de Skill & You, plateforme d’e-learning.

  • Aller vite pour durer

Jolt capitalise donc sur son réseau et l’expertise de ses partners pour identifier des entreprises en forte croissance. Si son principe d’investissement consiste en une rotation rapide des actifs, le dirigeant entend cependant devenir un investisseur pérenne. Pour cela, il envisage de compléter patiemment son équipe pour l’instant composée de deux partners, d’un patron de la recherche et d’un responsable financier. Comme le dit son fondateur, « nous voulons encore être là dans 30 ans, il ne faut donc pas surfer une vaguelette. »

Laurence Pochard